Une maladie Nothombienne

Publié le par élodie

bio faimJe ne connais personne dont les romans d'Amélie Nothomb laissent indifférents, pour moi ils ont une résonance particulière, faisant écho à ce que je peux ressentir.

 

Dans "Biographie de la faim", Amélie Nothomb raconte la boulimie - cette "surfaim", "une faim que rien ne comble, une faim plus grande que soi, désir inapaisable" - et sa décision irrévocable d'arrêter de manger à l'âge de 13 ans - anorexie qui durera 2 ans.

 

Amélie Nothomb ne se cache pas du fait qu'elle ait souffert d'anorexie mentale, qu'elle nomme son "ennemi intérieur".

 

La disparition de la maladie coïncidant avec sa venue à l'écriture, au travers de ce que l'on pourrait appeler une "sublimation" par les mots.

Elle consacre d'ailleurs quatre heures par jour à l'écriture, sans quoi elle est incapable de fonctionner, incapable de s'arrêter d'écrire, ne serait-ce qu'un jour, elle serait en somme devenue une boulimique d'écriture.

 

Elle a depuis gardé des goûts alimentaires particuliers : aliments très pimentés, thé très infusé, la plupart des fruits pourris (dont le goût se rapproche de l'alcool, Amélie N. ayant connu un alcoolisme infantile).

 

Dans ces romans, Amélie Nothomb ne parle pas toujours explicitement d'anorexie mentale cependant cette problématique se retrouve dans le contenu latent de ses écrits.

Derrière le contenu manifeste, on peut décrypter la présence de ce que l'on nomme les fantasmes anorectiques.

 

Voici, de manière exhaustive car on pourrait en relever beaucoup d'autres, ceux qui sont les plus identifiables et les plus évocateurs de l'anorexie mentale décelables dans les romans d'Amélie Nothomb.

 

"L’orgasme de la faim"  

 

"J'aime la faim, ce riche creux de l'être tout entier qui laisse entrevoir des possibilités de jouissances inconnues des ventres pleins" (Sans Nom)

 

Physiologiquement, la restriction alimentaire ou le jeûne génère une sécrétion d'endorphine qui procure une sensation de plaisir et de bien-être.

 

L’idéalisation du corps

 

"Vous avez 14 ans, votre cousine en a 12. Vous avez atteint le point culminant de l'enfance (...) On ne vous l'a jamais dit, mais vous savez obscurément qu'une dégradation terrible vous attend, qui s'en prendra à vos corps idéaux (...) La puberté est le pire des maux mais elle est évitable (...) vous inventez toutes sortes de mesures pseudo-scientiques destinées à rendre vos corps impropres à l'adolescence (...) Vous avez créé ex nihilo ce que vous appeliez une "hygiène de l'éternelle enfance". 

A respectivement 17 et 14 ans, "aucun signe d'adolescence (...) Le résultat est pourtant superbe :ces traits menus, ces yeux naïfs, ces faciès trop petits par rapport au crâne, surmontant des troncs puérils, des jambes grêles et interminables (...) Les traits tellement purs, les membres tellement fins, et une complexion si asexuée - les anges ne doivent pas être biens différents." (Prétextat, Hygiène de l'assassin, p 135)

 

"A quinze ans, pour un mètre soixante-dix, je pesais trente-deux kilos (...) je m' enfermais dans la salle de bain pour regarder ma nudité : j'étais un cadavre. Cela me fascinait." (Biographie de la faim)

 

L'obsession de l'anorexique d'avoir un corps de plus en plus mince, pour empêcher ou retarder la puberté ou pour retrouver cette période de latence, est évocateur d'un refus de rentrer dans le monde adulte.

Avoir une apparence cachectique n'est pas une source d'inquiétude, au contraire cela rassure les anorexiques sur le fait de maîtriser leur corps. Elles ou ils peuvent même ressentir une jouissance perverse lorsqu'ils saissent dans le regard de l'autre de la stupeur et de l'horreur à la vue de leur corps.

 

Un sentiment de toute puissance

 

Les anorexiques se vivent tout puissants, pensant être capables de vivre en autosuffisance, sans dépendre de rien, ni de nourriture, ni de leur corps.

Cette fierté de la maîtrise les amène à penser à avoir un destin grandiose, à se croire investi d'une mission divine voire penser être Dieu.

 

Dans Stupeur et tremblements, Amélie-San résume l'évolution de ses ambitions tout au long de sa vie : 

 

"Récapitulons. Petite, je voulais devenir Dieu. Très vite, je compris que c'était trop demandé et je mis un peu d’eau bénite dans mon vin de messe : je serais Jésus. J'eus rapidement conscience de mon excès d'ambition et acceptais de "faire" martyre quand je serais grande.

Adulte, je me résolus à être moins mégalomane et à travailler comme interprète (...) hélas c'était trop bien pour moi et je dus descendre d'un échelon (...) il n'y avait pas de frein à ma foudroyante chute sociale. Je fus donc mutée au poste de rien du tout (...) c'était encore trop bien pour moi. Et ce fut alors que je reçu mon affectation ultime : nettoyeuse de chiottes.

Il est permis de s'extasier sur ce parcours inexorable de la divinité jusqu'aux cabinets."

 

Grâce à la sublimation par les mots et l’autodérision qui caractérise son écriture, Amélie Nothomb nous délivre peut-être une possible voie vers la guérison, une voie en tout cas qui fut à l'origine de la sienne.

 

Pour une autre perspective de "Biographie de la faim", voici le lien d' une étude psychanalytique du roman :

 

http://www.post-scriptum.org/alpha/articles/2011_14_lambert.pdf

 

 

http://www.boosterblog.com

 

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G
<br /> Ca c'est sûr ! Mais ce ne risque pas ! ;)<br /> <br /> <br />
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G
<br /> Je suis déjà inscrite à la news letter ! ;)<br /> <br /> <br />
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É
<br /> <br /> Tant mieux ! Ce serait dommage de rater mes nouvelles publications <br /> <br /> <br /> <br />
G
<br /> Merci pour cet article ! :)<br /> <br /> <br />
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É
<br /> <br /> Je suis contente que tu ais trouvé l'article intéressant.<br /> <br /> <br /> N'hésite pas à t'inscrire à la newsletter pour être informé des nouvelles publications.<br /> <br /> <br /> A bientôt :)<br /> <br /> <br /> <br />